La vieille dame chic du salon de thé
Dimanche 27 novembre 2011
A 17h00, elle dégusta un Tiramisu, un gâteau dont elle ne connaissait pas encore les saveurs malgré le poids de son expérience sous son allure fluette.
“Tu veux manger quelque chose, mamie ?” avait répété deux ou trois fois la jeune femme face à elle qui prenait soin du trésor quasi centenaire dont elle était l’héritage et la gardienne.
Elle semblait avoir traversé les âges sans douleur, les rides plissant son front et ses joues n’étaient que les sillons d’un chemin menant à la sagesse. Elle demeurait toutefois toujours mutine, surprise et s’amusant de tout ou d’un rien derrière ses lunettes fumées.
Elle avait connu le faste que sa condition sociale avait dû d’ailleurs grandement privilégier. Elle semblait avoir passé sa vie à rire. Mais elle avait aussi connu la guerre et sans doute pris plus de temps à enterrer et pleurer ses morts qu’à célébrer ses vivants. Elle avait peut-être déjà perdu un ou plusieurs enfants. Son élégance ne laissait rien transparaître de ses errances. A l’heure où elle allait elle-même mourir, elle ne montrait ni lassitude ni préoccupation.
Elle avait fini de boire son thé.
Sa toque de vison posée sur la table, elle avait les jambes nonchalamment étendues et croisées au niveau des chevilles revêtues de bas crèmes transparents ; ses pieds fins chaussés de jolis mocassins. Elle avait une attitude tout simplement parfaite. Et je ne me souviens plus si elle était maquillée et de quelle couleur était ses cheveux ; j’avais l’impression poisseuse que si je la regardais trop profondément j’allais être hypnotisée, je ne pourrais plus me lever, partir sans rien savoir d’elle que ce qu’elle ne cherchait pas à montrer. A l’heure ou elle allait elle-même mourir, elle était.
“Il te plaît bien ce bébé, hein, mamie !” répéta deux ou trois fois la jeune femme face à elle qui s’était enquis de nous demander l’âge de notre fils au moment de prendre place à côté d’elles.
“Oh oui, il me plaît !” répondit la vieille dame chic qui ne quittait pas des yeux depuis notre arrivée mon petit bout d’homme.
Je ne pus m’empêcher de penser à la sorcière des Landes du Château ambulant, éprise du jeune coeur pur d’Hauru le Magicien…
“Vous avez juste quatre-vingt-quatorze ans d’écart…”, conclut la jeune femme.
Alors la vieille dame sourit.
Dans un minuscule salon de thé bordé de livres, une fin de dimanche après-midi, l’histoire sous les traits d’une vieille dame chic habitée par la vie infidèle à ses hôtes était en émerveillement devant un nourrisson de passage qui découvrait la chantilly, les lumières étincelantes et des visages tous différents.
“Comme il a de beaux cheveux, une belle bouche, un joli nez…”
Puis elle se mit à crier un peu plus fort, la voix moins chevrotante.
“Ah, il aura un beau physique, le crétin !”







J’arrive presque à sentir l’odeur de la poudre de riz et le parfum patchouli trop appliqué sur la peau fripée…et j’imagine le rouge à lèvres ayant migré sur les dents jaunies par le temps…j’entends meme sa voix de vieille peau qui traite ton fils de crétin …avec un grand sourire et un grand plaisir de lecture.
Je revois S., la grand-maman de mon époux, qui nous a quittés à 99 ans il y a quelques années. C’était toujours un immense plaisir de l’emmener quelque part, elle ne perdait pas une miette du spectacle de la vie. Présente jusqu’à la fin, un vrai bonheur
Belle journée à tou-te-s
Mdr!!! Trop forte la mamie!
Autre temps, autres qualificatifs…
J’adore et je ne résiste pas ! J’imagine déjà les gros titres : “Éprise d’un p’tit jeune dans un salon de thé, une presque centenaire se fait la malle avec lui en plein mois de novembre ! Ils cheminaient vers Gretna Green en Écosse lorsqu’ils ont été rattrapés à 5 mètre du lieu de leur disparition: l’un par un oubli dans sa couche, l’autre par sa mobilité réduite !”.
Pas certaine que j’aurais aimé le coup du crétin, gredin oui, mais crétin franchement…la bourgeoisie en vison n’est vraiment plus fréquentable.
Les très jeunes enfants, quand ils sont beaux, éveillent toujours une forme de convoitise, parfois ce n’est pas si plaisant que ça, parfois c’est adorable.
Le Petit Poilu, c’est MON fiancé d’abord. Je m’en vais lui mettre un coup de parapluie sur la caboche, à la mamie tromblon!
(en vrai j’aime beaucoup la poésie et la douceur de ce billet, mais mamie, quel écart de langage!)
Encore une cougar en liberté! Et probablement SM par dessus le marché!
(Trève de plaisanterie: très belle plume littéraire Madame Joie. Bravo!
Signé: Mme Capello-Pivot)
J’y crois pas… Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences.
Il y a peu je fus hypnotisée par nos voisins de table. Nous mangions avec mes comparses de formation dans un kebab, e donc à coté de nous un jeune homme noir (très choupi) dans les 2à piges et face à lui une belle mamie , cheveux blanc, toute frêle et coquette et centenaire (nous avons entendu qu’ils évoquaient les 100 bougies de la dame).Bref ils faisaient un couple magnifique, je fus subjuguée par la photogénie du “duo”
Elle me plaît bien ta vielle dame chic… mais choc aussi ! Je trouve ça très réconfortant que la vieillesse ne soit pas toujours doucereuse et auréolée de sagesse, comme on a tendance à la fantasmer…
Eh ben non, jusqu’au bout , y’a de la vie, et la vie n’est pas toujours lisse bordel !
Je suis souvent fascinée par des vieilles dames ou de vieux messieurs croisés dans le bus, un magasin, un restaurant… On imagine tellement de vies rien qu’en les regardant, c’est génial. J’adore les vieilles dames qui ont du caractère
. J’espère en devenir une !