A l’école de la vie
Il nous tendit son grand cahier.
“Ca, c’est mon boulot !” (ého ého), ajouta-t-il, les yeux brillants alors qu’il n’aime pas aller à l’école.
La mine enjouée, il voulut tourner les pages et nous expliquer ce qu’il avait dû réaliser depuis la rentrée.
Nous nous sommes intéressés davantage à son bonheur de nous montrer ce qui lui avait coûté chaque jour petits doigts tachetés, gouttes de peinture sur les pantalons et sueur au front qu’à une vérification en bonne et due forme des apprentissages.
Nous sommes plutôt détendus du crayon de bois concernant la scolarité de nos bleus. Faut dire, nous sommes deux professionnels de la pédagogie pour personnes en difficultés, ça nous fait un peu relativiser la pression autour de la réussite. Nous privilégions toujours les objectifs de moyens aux objectifs de résultats et nous estimons que l’erreur devrait avoir un meilleur statut puisque l’on apprend surtout en se trompant.
Il s’est arrêté silencieux sur la feuille où il avait dû reproduire plusieurs fois un escargot.
“Oh, c’est chouette !”, me suis-je écrié.
Il a répondu déconfit et résigné, mon fils, “Non, elle a dit que c’était pas bien.”, Gertrude (l’ATSEM).
J’ai vu alors Gertrude, sa voix un peu cassée et probablement cassante clamer “Mais c’est pas bien fait ça, eh !”. Des mots certainement anodins pour elle mais très durs pour lui. J’ai vu le menton tremblotant du Grognard et son dépit de décevoir un adulte qui tranche avec “du bien” ou “du mal”.
Et le coeur fendu, j’ai pleinement ressenti dans ma chair que c’était facile de ne pas trop se soucier de l’école et de dire “A chacun son rythme et ses affinités !” quand l’enfant est épanoui en classe, a confiance en ses capacités, ne donne jamais de réelle inquiétude.
Il a écrit dimanche son prénom en majuscules et sans modèle, se remémorant parfaitement le nom, l’ordre et la graphie des lettres. J’ai attaché plus d’importance que je ne l’aurais fait auparavant à cette écriture triomphante et que j’ai photographiée sous ses ordres de bonhomme fier de lui.







Pauvre Loulou… Pas très sympa (ni futée) Gertrude ; le fait qu’il recommence à plusieurs reprises démontre sa tenacité. Depuis quand c’est un défaut ?
NumberOne adooooore rapporter ses cahiers de réalisations, s’installer avec nous sur le canapé et expliquer ce qui était attendu, ce qu’il a fait. Malheureusement cette année, il nous était demandé de les rapporter 3 petits jours après.
Pas facile de devoir faire avec les instit quand on n’est pas en adéquation avec leur formalisme ! L’année dernière choupette était “notée” (une tête de bonheur qui sourit ou pas) pour chaque atelier … comme si c’était vraiment nécessaire à 5 ans !
Elle à tout compris à la pédagogie la Gertrude !!! Pauvre petit loulou !!!
Ici aussi, ils étaient tout fiers de nous montrer leurs cahiers, même les mamies y ont eu droit !!!
Bonne journée !!!
Aux chiottes Gertrude !
COmment ça, c’est pas pédagogique ???…
heu sinon, aussi ici, on a eu droit aux cahiers de vie…
CAhiers d’envie
CAhiers d’énerg-vie
Bravo ptit bonhomme ! te laisse pas abattre, c’est toi le plus fort
la grande finesse psychologique…. un délice :S
J’ai les larmes aux yeux rien de de penser au désarroi du Grognard face à Gertrude.
Certains prétendus professionnels de l’enfance feraient bien de balayer devant leur porte avant de donner des conseils aux parents parfois.
Courage Grognard!
pensez aux enfants qui n’ont pas d’encouragements et de paroles positives à la maison… Si tout se joue à la maternelle, on comprend vite pourquoi il y a tant d’échec scolaire dans notre cher pays . La formation des prrofesseurs des écoles a disparu, de toute façon je n’ai jamais compris ppourquoi on se bornait à enseigner la pédagogie du XIXème siècle :O)
J’ai du mal aussi avec mon Atsem (en plus c’est moi l’enseignante…) car elle ne laisse pas assez de liberté, je trouve, aux élèves. Surtout dans les ateliers d’arts visuels où c’est elle qui s’occupe de l’atelier peinture… bizarrement, les peintures ont l’air d’être fait par des enfants d’au moins 10 ans alors qu’ils n’en ont à peine 4… Personnellement je trouve que l’erreur et un bon moyen de progresser et un bon moyen pour nous enseignant de voir les difficultés des élèves pour pouvoir les aider !
Par contre, à un atelier j’ai sanctionné de petite tête heureuse ou non car les élèves ont fait n’importe quoi délibérément (surement à cause de l’agitation des vacances!) !
Tu connais mon dilème de mère par rapport a l’ école mais quand je lis certaines de tes phrases, je me sens apaisée.
On a eu les cahiers ici aussi et je suis tres fière de lui
Mon inspectrice me demande la place que je donne à l’erreur dans les apprentissages que je mets en place dans ma classe ; j’aime beaucoup ce que tu en dis.
La Gertrude, elle se serait fait remonter les bretelles, chez moi …
Mes élèves sont plus grands, mais Dieu m’est témoin que j’essaie de positiver ce qu’ils font. Pinaise, en maternelle, ce qui est important, c’est surtout qu’ils apprennent à prendre confiance en eux et en leurs capacités, non?
Tu veux dire que les “pro” sont aussi fins psychologues à la maternelle qu’à la crèche??
Moi qui ai déjà du mal et il va falloir se les coltiner encore? 20ans ??
courage Grognard! la victoire est au bout du chemin
Et y a personne pour dire aux Atsem (ET AUTRES) que c’est pas bien non plus, ce qu’elles font? Parce qu’elles font peut-être bien les escargots, mais leur boulot, moyen.
C’est vrai que c’est dingue comment ça peut marquer des histoires comme ça. Je me souviens encore comment j’ai été mise au couloir en maternelle parce que je n’avais pas bien colorié une grappe de raisin même en recommençant. Et c’était y a grosso modo 24 ans donc bon, faut faire gaffe à ce qu’on dit aux gamins tout de même…
Très émue par ce message et très envie de soutenir Grognard dans sa persévérance. On a tous des avis différents sur l’école, le rôle de l’erreur, le culte de la réussite, et le plus malheureux, c’est que l’on retrouve ses divergences au sein d’une même équipe pédagogique. De ma ville paumée de province, je regretterai presque ma banlieue natale et le public auquel j’enseignais, parce qu’ici, j’ai l’impression que certains profs n’ont pas compris qu’on n’était pas là pour faire carrière. Etre une balise sur un passage obligatoire pour chaque individu, c’est déjà une chance formidable. Si la balise peut être colorée ou clignotante, les pas sur le chemin seront bien plus légers.
Il y a quelques années, j’ai traduit un super docu de la BBC intitulé “Qui seras-tu demain, mon fils”. C’était réalisé par un père qui cherchait les meilleures méthodes d’enseignement pour ses fils et il y avait plein de choses vraiment intéressantes. Dont le fameux Marshmallow test (si tu ne connais pas, il faut absolument aller voir : http://www.youtube.com/watch?v=9NTdx3Iq7EU) et toute une théorie passionnante sur l’importance de récompenser l’effort plutôt que le résultat. Tu pourrais peut-être suggérer à Gertrude de se renseigner un peu sur la question…
Les filles,
Elle est sympa, Gertrude. Je voulais pas spécialement jeter l’opprobre sur elle. C’est vrai que des fois elle est un peu cash mais c’est sa personnalité aussi et elle aime beaucoup les gosses. Et pis j’étais pas là non plus quand elle a “rembarré” le Grognard. J’ai imaginé…
Ah la force du parti pris
C’est super qu’il commence à être fier de lui !!
Nous aussi nous avons eu droit de regarder ce que mon second a fait depuis le début de l’année. Il vient de rentrer en PS et ne veut pas y aller, il dit ne pas aimer. Je sais qu’il a horreur du graphisme, donc j’ai brieffé mon ainé en cachetette avant d’ouvrir le classeur : “s’il a fait du gribouillage, ne lui pas que c’est moche ou nul, trouve un truc sympa à dire comme “oh tu as choisis du rouge c’est joli”, etc …”
Mon grand a bien joué le jeu et heureusement parce que mon second n’est toujours pas latéralisé, ses coloriages sont un vrai carnage. Heureusement il avait un sourire sur plusieurs feuilles autres que le graphisme, on est resté plus longtemps à le féliciter pour ce qu’il a réussi que ce sur quoi il butte mais c’est dur pour un petit bonhomme de 3 ans ….
Comme tu le dis,LMJ, tu n’étais pas là au moment où ton Grognard s’est fait dire que ses escargots étaient pas terribles. Donc il est dificile de juger clairement la situation. La réaction de ton fiston montre qu’il est sensible à la critique, sensible tout court aussi et ce n’est pas une découverte pour toi, je crois. L’important, me semble-t-il c’est qu’il a des parents attentifs et aimants, sécurisants, consolants et encourageants.
Je suis un peu étonnée de la vivacité de certaines réactions dans les comm. Quoi? Il faudrait féliciter systémmatiquement ? Bien sûr, il y a façon et façon de le faire, mais il me semble que la critique peut être encourageante et bénéfique, non? (Je dis bien la critique, pas le “cassage” de môme.)
En fait, ce qui me frappe, c’est la volonté des parents en général à vouloir protéger leurs enfants de TOUT. Oui, c’est le rôle des parents que de protéger leurs enfants, mais c’est aussi de les aider à affronter la vie, laquelle n’est pas toujours tendre. Même pour les petits. Alors apprendre à supporter les critiques, à envisager que l’on peut rater un truc sans que ce soit grave ni démolissant, je pense que ça fait partie du boulot des éducateurs (parents, enseignants, ATSEM…), même en maternelle. D’ailleurs, ce doit être assez sécurisant pour un gamin d’avoir le droit de ne pas être parfait tout le temps, non?
Alors, je ne sais pas trop comment m’exprimer, mais… Disons que j’ai 2 enfants différents. Un qui aime l’école et qui connaissait déjà toutes les lettres de l’alphabet en entrant en maternelle (qui est maintenant en CE2, qui ne bosse toujours pas plus que ça) et l’autre qui n’a jamais envie d’aller à l’école, qui a des soucis de prononciation et qui est de fin d’année (il aura 6 ans fin décembre et est en CP). Mon grand a remarqué que j’encourageais beaucoup Alex quand il écrit, qu’il me montre ses cahiers, etc…. -oups- alors, j’essaie de faire attention quand même à féliciter le grand même s’il a plus de facilité… Pas toujours facile pour nous les parents d’être égalitaire -lol- Bonne journée!