La noisette
Mardi 20 juillet 2010
En ce bel après-midi d’été, nous allons nous ressourcer dans ce magnifique village fortifié que j’affectionne particulièrement. Il fait chaud mais l’air est doux. Nous descendons un petit sentier arboré le long des remparts. Mon Légionnaire se baisse pour ramasser deux maigres noisettes sur le chemin. Les noisettes vertes, fraîches et craquantes à souhait me rappellent toujours lorsque j’étais gamine. Nous saisissions de nos doigts d’enfants avec mon frangin celles qui s’étaient détachées prématurément de l’arbre de notre rue, ne pourraient donc jamais mûrir mais trouveraient un tombeau écarlate dans nos bouches humides.
La première écrasée avec les dents, je redoute que mon Légionnaire ne se casse un plombage et j’attends désespérément un morceau de cette douce chair amère. Le père poule, tend à son fils la précieuse récolte, fils qui recrache d’un “pouah !”, celle-ci amoureusement proposée.
Mon Légionnaire glisse dans sa poche la deuxième noisette et je n’ose réclamer mon dû d’épouse pas modèle, malgré l’envie me tenaillant. Il sait que je me damnerais pour une bouchée.
J’essaie de ne plus y songer. On va pas se prendre les noix pour une noisette !
L’après-midi passe et à la fin du dîner, mon Légionnaire sort la jolie perle de la poche de son pantalon. Elle a une poussière qui s’est collée à elle mais n’en est pas moins attrayante protégée par son involucre. Il la dépose tendrement dans mon assiette vide. Je le regarde avec gratitude. Je la regarde en salivant.
La noisette ! Cette noisette qui m’a remémoré par sa seule présence les joies simples de mon enfance et le goût de cette enfance perdue. Je vais la croquer goulument, en savourer chaque parcelle. Merci Légio, merci. J’ai un trésor pour dessert : une simple noisette hors-saison qui sent les feuilles aux prémices de leur jaunissement et le soleil bas de septembre.
“Merde, Légio, elle a un ver…”







Ohhhh, dommage
Oui mais en même temps, c’était toute l’imagination derrière qui était fantastique.
Ah merde décidement t’es pas ver-nis !
Tu connais le dicton Mèrejoien : poisse d’une jour, poisse toujours.
Tu m’as sciée avec “involucre”… faut que je trouve la définition !
“une simple noisette hors-saison qui sent les feuilles aux prémices de leur jaunissement et le soleil bas de septembre.” => ça me rappelle les Semailles et les Moissons de Troyat…ça me file les larmes aux yeux aussi !
J’ai jamais lu Troyat. Putain, je m’ignore, je m’ignore !
involucre : ensemble des bractées de la base des ombelles et des capitules.
Vous n’imaginez pas le temps de recherches en botanique pour la sortir celle-là !
Heureusement, on sait que c’est de la botanique, parce que ça pourrait facilement partir en vrille, là …….
Dans botanique, il y a nique…
Mouiiiiii ….. Et les bractées de la base de l’ombelle …. j’imagine bien …..
Putain t’étais obligée, pour la chute?
Chute garantie 200% vraie, hélas…
et en même temps, symboliquement, je veux pas dire, hein, mais t’aurais dû le publier dimanche!
Oui, eh, les gonzesses, c’est mon anniversaire dimanche !
wah c’est bon, on n’a pas besoin que tu nous le rappelles, nous!
Nan mais y a que toi qui te souviens…
Même pas vrai d’abord !!!
C’est vrai ???
HAPPY
j’adore les noisettes pas mures
Et j’adore la chute !
(un ver dans une noisette pas mure ????)
Oui, snif… Et dans la mienne, pas dans celle du Grognard !
(ouais, j’aime empoisonner mes gosses)
Délicieux ce texte… et belle retombé héhé
Merci Jane et bienvenue !
Tu as l’air d’avoir un bien joli blog.
J’ai croqué ma première noisette pas mûre le week-end dernier. ici elles sont vertes , normal, on est plus au nord, bref! Je savais qu’elle n’était pas bonne mais j’ai pas pu m’en empêcher! Zorro s’est bien marré quand il m’a vue la recracher!
Ben ici aussi elles sont vertes. (???)
ici elles sont très vertes et pratiquement inexistantes à l’intérieur tellement elles sont petites ! (taille d’un pépin de pastèque!)
En effet, ça boucherait pas ma dent cariée (dois prendre rv chez le dentiste et je recule…)
elle n’aurait pas un vers juste pour la chute de ton billet ? )
Ah non, pas du tout.
J’ai pas besoin d’inventer que j’ai des minis poisses…
Au fur et à mesure de la lecture, je voyais un petit dessin animée se créait. Très belle histoire à mettre en image.
J’y avais pas pensé. Des fois je vois mes histoires en BD mais là non.
J’accède pas à ton blog…
Ah moi aussi j’adore les noisettes pas encore mûres. On a 2 noisetiers dans le jardin et j’ai goûté la première il y a 2-3 jours… mais c’est encore un peu juste !
Quant aux vers, c’est le problème, la grande majorité des noisettes en ont !
Donc si j’ai bien compris, cette noisette, vereuse ou non, avait un peu le goût d’une madeleine ?
Oui, ça s’est passé comme décrit.
Oh merci MJ pour ce trés joli billet qui résonne aussi pour moi !
Noisettes (et Noix c’est THE spécialité ici !) fraîches souvenirs délicieux.
Qu’il est choupi ton légio de te l’avoir gardé pour le dessert ..
L’avait-il gardée exprès, je ne sais pas…
Je vois que toi non plus tu ne peux pas être poète (pouet) jusqu’au bout !
C’est ma vie. C’est ma vie. Je n’y peux rien, c’est elle qui m’a choisie.
Proust et sa madeleine à côté de ça … il peut se rhabiller !
Oh super chouette ! J’ ai appris un mot de botanique, je l’ai noté dans le carnet des mots à donner en pâtures aux dévoreurs de mots.
Ce qui est on ne peut plus logique après un si bel hommage à l’enfance et toutes ses noisettes, pleines, creuses, percées, habitées, mûres, encore en formation, laiteuses, repêchées, oubliées, retrouvées, séchées.
Tous ces chemins de traverse qui sentaient la noisette pour sembler oublier le pays de l’enfance et finalement un rien et l’on se souvient de tout.
LMJ tu pourrais ajouter à “on n’est pas des gonzesses”, on n’est pas des poètes
Sinon tu auras beau écrire un P***** à la fin de tes textes tu risques de ne pas faire illusion encore bien longtemps ma fille….de joie
Pouêt pouêt où pas, beau texte en tous les cas.
Tu m’as fait rêver et la chute m’a fait rire. Que demander de mieux ?