Sauter au contenu

Vis mon mercredi !

16 octobre 2009

Une nuit ép(r)ouvante : le Grognard parvient dans le noir à 2h00 jusqu’à notre chambrée où j’entends « Maman ! ». Il squatte notre pieu (pas de remarque. Nous sommes faibles, un point c’est nous). Je ne peux me rendormir, je vais sur l’ordi et quand je reviens me coucher, mon Légionnaire prend son tour de garde. Je me lève à 9h00 à moitié éclatée.

Nous devons recevoir la visite du Service des eaux pour vérifier la conformité du traitement des eaux usées dans le camp. Cent-vingt euros à notre charge pour quinze minutes d’inspection. Personne ne s’étonnera que je coure bientôt à travers les forêts communales avec mon sac griffé.

Quand ça frappe à la porte, je me réfugie dans la salle de bains où le Grognard patauge dans sa baignoire, mon Légionnaire en train de le savonner.

« Je suis occupé, vas-y ! »

Je le pousse du cul.

« Je suis en robe de chambre telle la patate chaude, vas-y, toi ! »

Ma mémoire sélective m’empêche de me rappeler que c’est le jour pour laver la tête de mon lardon ; il ne hurlera pas à la vue du jet d’eau.

Plus tard, habillée et presque peignée, je me poile avec les commentaires de Cranemou, Gazelle, Ginie, Anna et consorts. Coq est décidément ma sœur (laquelle de nos mères a menti ?). J’ai vingt-cinq ans d’âge mental et des durillons de sexagénaire aux pieds. La vie est mal faite.

Je prépare des spaghetti à la Bolognaise à ma façon (je laisse le choix de l’interprétation) et ma petite bleue, affamée par sa concentration au collège, me prend pour une super maman. Je kiffe ma life (rappelons que j’ai vingt-cinq ans au-dedans de ma boite crânienne). Il en faut vraiment peu pour être heureux.

Jusqu’aux devoirs de Mademoiselle Commandante. Cet épisode est censuré.

Mon Légionnaire coupe ensuite le bois – nous sommes des amishs en puissance – j’amène à la demande de la Fräulein, les mioches chez la garnison hollandaise. Ils font du trampoline, je ramasse les dernières noix. Je ne paie pas pour, je m’amuse à chercher les fruits à coque que j’adore sous l’herbe humide, j’entends les éclats de rire des petits bleus, je sens les derniers rayons de soleil sur mon cou meurtri par l’arthrose (j’ai de l’arthrose si je veux).

Le cadre est enchanteur. A cinquante mètres du Q.G., je suis à l’autre bout du monde.

A 17h30, Mademoiselle Commandante a sa séance de danse classique. Nous la larguons quelques minutes plus tôt : elle veut s’acheter des bonbons SEULE.

Nous passons à la Poste envoyer le cadeau pour Future Mariée désormais mariée. Les fonctionnaires d’ordinaire déjà très conviviaux – je sais, ça dégoûte – sont carrément déchaînés.

« Bonjour, bonjour ! Mais je vous en prie, approchez !

- Bonjour Môssieur le facteur. Je voudrais faire partir ce colis.

- C’est pour la France ?

- Oui.

- D’accord. Vous avez des choses de valeur ? Je vous demande ça pour l’assurance et savoir quel tarif on applique.

- Non non. Enfin si. Y a du bon vin, ça a de la valeur, ça non ?! Hi hi hi !!!

- Oh, du bon vin ! Qu’est-ce que vous avez choisi ?

- Je sais plus si c’est du Saoulard ou du Pochtron…

- Oh, vous avez raison, c’est du bon ça ! Il va être content votre destinataire.

- Elle pourra pas en boire, elle est enceinte. Je savais pas quand j’ai acheté. Ce sera pour son mari… Mais bon, y a d’autres choses pour elle dedans.

- Oh ouais, pas de bol !!! »

Une collègue passe. Il n’y a pas un client (pas taper).

« Jeannine, regarde, il y a du bon vin dedans. Du Saoulard ou du Pochtron !

- Ah oui ! Hum, on va mettre une paille et l’avaler en douce dans le paquet.

- Ah ah ah, ce que vous êtes drôles aux PTT ! »

Nous récupérons à la librairie La prophétie des grenouilles, le nouveau livre que Mademoiselle Commandante doit étudier en français. Là aussi la vendeuse est super sympa, si ce n’est de me demander le nom de la prof qui a passé commande. M’en souviens plus. Ah, je cherche, je cherche ! Arghhhh, c’est quoi son putain de nom à cette @** !!##& !!!

Nous passons chez le coiffeur pour le Grognard. Il hurle à l’arrivée puis fixe son regard sur Toy Story qui passe sur le magnéto. Qu’il est beau mon homme…

C’est MON fils !

Le maître des lieux tient absolument à le prendre en photo (???) ; ce à quoi il ne parviendra jamais. MON fils est un futur garagiste amputé des doigts transsexuel germanophone, pas un futur garçon coiffeur.

Pour faire passer l’addition, la coiffeuse en chef offre au Grognard un Caramabar (que je ne lui chourave pas) et un jouet trois/six mois (que je ne jette pas aux ordures : un cadeau, c’est un cadeau).

« Dis donc, ils avaient personne. Ils sont bizarres les commerçants aujourd’hui…

- Oué.

- T’as vu le patron ? Morte de rire ! Et la coiffeuse !!!

- On dirait pas une coiffeuse avec ses cheveux craignos…

- Hé hé !

- Lui, il fait bien coiffeur mais qu’a pas trouvé son style.

- Bon le Grognard, il fait plus masculin comme ça qu’avec sa coupe à la du Guesclin !

- Chérie, va dire à du Guesclin que c’était un PD, toi ! Il va pas être content…

- Monsieur, Madame, j’aurais besoin de votre adresse !!! »

Fichtre, la coiffeuse en chef nous coursait dans la rue !

Nous partons faire quelques emplettes à Carrefour Market, pour les citer. A la caisse le Grognard retrouve son hôtesse préférée, celle qui lui fait des œillades de poisson mort. C’est MON fils !

Nous revenons « en ville ». Il commence à faire frisquet ; nous allons au troquet.

« On va prendre une boisson chaude.

- Humpf. C’est pas une boisson chaude la bière ?

- Alors chérie, tu choisis quoi ?

- Une… Un thé.

- Bonjour Messieurs, dames, ce sera quoi pour vous ?

- Ben une… un thé et un grand crème. Tu crois pas que ça va m’énerver à cette heure-là le thé, Légio ? »

Mon Légionnaire est tout contre moi. Il fait le pitre. Je ris. J’oublie le Grognard qui grimpe sur la table, essaie de renverser les tasses bouillantes, la téloche branchée sur la chaîne sportive, le décor moche. Je suis au Café de Flore. Saint-Germain, notre amour naissant, ses doigts dans les miens à Paname…

La pendule de l’entrée s’est arrêtée sur midi, à ce moment très précis où tu m’as dit je vais partir et puis tu es partie annonce la fin de ma rêverie. Mademoiselle Commandante a terminé son cours.

Devant le tabac-presse celle-ci me dit :

« Je voudrais repasser chez le marchand de journaux ; j’ai oublié un bonbon.

- Comment ça t’as oublié un bonbon ???

- Ben oui, j’ai oublié tout à l’heure de prendre un bonbon pour le Grognard… »

T’as raison, ma Fräulein, les fleurs c’est périssable et avoir du cœur c’est adorable.

38 Commentaires laisser un →
  1. 16 octobre 2009 10:11

    Non, je ne te crois pas. Enfin, j’aurais pu si tu n’avais pas inséré le dialogue à la Poste. C’est de la science-fiction. Enfin, même Asimov n’aurait pas osé, j’en suis sûre.

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 13:35

      Ah si si et j’ai abrégé le dialogue !

  2. 16 octobre 2009 10:44

    C’est quoi ton village fantôme????
    même si ta journée était du genre d’une journée dans la 4eme dimension, j’suis contente d’en avoir fait parti tiens! :D

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 13:36

      Y avait pas un chat, nulle part. C’est un bled pas très animé mais le mercredi y a un peu plus de monde quand même. Ben là non !

  3. 16 octobre 2009 11:02

    ah oui, village fantôme ! je ne suis donc pas la seule à avoir lu le scenario d’un épisode de la 4ème dimension là !?

    charmante journée.. tu vois qu’elles peuvent se suivre (ou presque) et se ressembler (ou presque) !

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 13:36

      (ou presque) :-D

  4. 16 octobre 2009 11:24

    Ca a l’air bien ton bled où les gens sont tous sympa (même les coiffeurs!!). Une journée qui commence avec une bonne poilade chez ta soeur Coq sera forcément une bonne journée, ‘spa? :P En tout cas en ce qui me concerne une journée qui commence par une poilade chez la Mère Joie sera forcément une bonne journée! :D

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 13:37

      D’hab’, ils sont pas sympa. Sauf à la Poste. Va comprendre…

  5. 007 permalien
    16 octobre 2009 12:00

    Y a le vin chaud pour remplacer la bière….

    elle va être contente ex future mariée enceinte… mouarff arff

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 13:37

      Elle avait qu’à pas être enceinte aussi ! :-D

    • 16 octobre 2009 15:44

      le vin blanc chaud c’est très très bon aussi!

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 22:48

      Je connais pas du tout. Tu peux me donner une recette ? Ca m’intéresse !

  6. 16 octobre 2009 12:07

    Moi je me poile pas: je suis émue. Très.

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 13:39

      Tout ça, c’est de la faute de Mademoiselle Commandante. :-)

    • 16 octobre 2009 15:43

      Pas seulement, c’est aussile passage du troquet qui m’a émue!

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 22:48

      ;-)

  7. Béatrice permalien
    16 octobre 2009 12:42

    Il est bien beau ton mercredi ;-) (clin d’oeil ému)

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 13:39

      Il est toujours beau quand je vois mes lardons si heureux d’être ensemble.

    • Béatrice permalien
      16 octobre 2009 19:50

      Ah oui, ça ce sont des moments que je grave sur mon disque dur perso ;-) (pour me les repasser quand les noms d’oiseaux fusent !!)

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 22:49

      C’est essentiel.

  8. 16 octobre 2009 15:11

    un beau mercredi !!!!
    et une ville rien que pour vous ! c’est pas mal mais peut-être un peu flippant aussi…
    limite si les commerçants n’avaient pas entonné une petite chanson de comédie Musicale sur la place du marché tous ensemble !!!! il est pas net ton bled en fait !:D
    trop mimi le coup du bonbon pour le Grognard !!!!

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 22:46

      Je confirme : ce bled est très étrange et ma fille est adorable. :-)

  9. 16 octobre 2009 15:12

    Dis-donc, c’est pas un peu “La petite maison dans la prairie” que tu nous racontes là??? Ca ne pouvait pas plus mal tomber avec les 2 nuits de m***** que je viens de me taper, seule avec les gremlins dont une malade… La haine, moi? Pourquoi????

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 22:47

      C’est la petite maison dans la prairie avec un Grognard qui dort pas.

  10. 16 octobre 2009 15:19

    je retiens que les postiers sont juste à mourir de rire !

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 22:48

      C’était une anthologie, j’aurais dû rapporter tous les dialogues, tiens ! :-D

  11. 16 octobre 2009 17:40

    Dis ils sont drôles, à La poste !! C’est pas possible, ils savent que t’as un blog et voulaient que tu parles d’eux, ou quoi ?!
    Elle est mignonne, en tout cas, ta fille…

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 22:49

      En fait, ils ont gardé ma signature pour un autographe (mais faut pas le dire).

  12. 16 octobre 2009 20:01

    Un mercredi de mère de famille ordinaire … mais raconté par toi, c’est un plaisir. Pour le reste, le taxi en a marre, 3 enfants (ou quasi enfants), je ne compte plus les mercredi à courir … Allez, bon WE (tu cours aussi le samedi ??)

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 22:50

      Han han, le samedi, c’est plus relax. ;-)
      PS : J’imagine avec 3 lardons…

  13. 16 octobre 2009 21:44

    C’est fait!
    Vécu … et bien vécu! Comme si j’y étais, quoi!
    Pas eu trop de mal : dans mon bled à moi, ils sont plutôt sympas, les genss dans les boutiques (sauf à la Poste, tiens …). C’est pendant les fêtes locales qu’il vaut mieux éviter certains sujets sur la terrasse du café vers 19h, à l’ombre des platanes… Bon, en revanche, j’ai pas deux jolies trognes d’amour à regarder vivre, et là … bravo toi de les faire vivre ici! ;)

    Je n’ai toujours pas compris ton allusion au champagne, chez moi l’autre jour. Et je vois que t’aurais bien pris une bonne bière, comme quoi, les bulles ne t’effarouchent pas! Kesako?

    Bises ;)

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 22:52

      Je voulais juste que tu boives une coupe à ma santé. ;-)
      Y a bon le champagne !!! :-D
      Gros bisous Mariev

  14. 16 octobre 2009 21:46

    Y’en a qui prennent du Prozac pour voir la vie en rose… Moi je lis ton blog. Merci

    • Béatrice permalien
      16 octobre 2009 22:26

      Pareil que La Niçoise !!

    • La Mère Joie permalien
      16 octobre 2009 22:53

      Les filles, vous êtes sympa ! :-)

  15. 18 octobre 2009 21:27

    Des amishs en puissance??? HA ha ha ha!!! J’aime bien cette vision des choses!

    • La Mère Joie permalien
      18 octobre 2009 22:36

      Y a un peu de ça…
      Heureusement que j’ai un sac pouff’ pour faire civilisée…

  16. 19 octobre 2009 21:14

    Tu me rassures!

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s