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Pourquoi je vais réduire ma consommation de cigarettes

10 septembre 2009

Soyons sérieux exceptionnellement.

Hier, j’avais le moral dans le cor au pied. D’avoir vu mon Grognard s’étendre lundi et mardi à même le sol, le regard dans le vague, son ours de garde serré contre sa poitrine, je sentis bien que quelque chose ne tournait pas rond. J’avançai vers lui en lui demandant s’il ne voulait pas jouer avec ses petites voitures à côté de moi ; il restait là, l’air malheureux d’un petit Roumain dans un orphelinat malgré ma tendresse, mes soins et mon attention. Mon cœur se fit hara-kiri…

Pis depuis la rentrée, il nommait régulièrement tous les prénoms ou surnoms dont il disposait dans sa mémoire et dans son langage, s’exclamait « Bébé, bébé ! » ou encore « Enfant, enfant ! ». Il s’enthousiasmait lors de notre rencontre avec la voisine, avait les larmes aux yeux d’émotion en retrouvant sa frangine le soir – qui filait dans sa chambre.

Ce n’était pas tant le sentiment d’être étouffée par un mioche qui me tenaillait, c’était de reconnaître que le Grognard souffrait d’un manque (de fatigue aussi certes) et que j’en serais responsable si je ne cherchais pas au minimum une solution. La culpabilité et aussi la tristesse de cet enfant triste, en demande d’une compagnie autre que la mienne, me faisaient un mal de chienne. J’étais rongée en outre par cette idée toute faite qu’une maman au Q.G. ne se débarrasse pas de son lardon en l’envoyant ailleurs (se télescopant avec un vieux souvenir d’une discussion houleuse sur le sujet avec ma propre mère lorsque Mademoiselle Commandante était aussi petite que le Grognard). Si un lardon de cet âge, va ailleurs, c’est que sa daronne ramène des sousous dans la popoche.

L’heure était venue de reconnaître le droit à mon lardon d’explorer des univers différents, de faire des connaissances.  J’avais déjà remarqué qu’il était en demande depuis quelques mois.  L’heure était venue comme elle était un jour venue d’arrêter l’allaitement quand le Grognard avait refusé à jamais le téton consolateur. Je pensai à mon cher pote Winnicott proclamant que la maman était la mieux placée pour identifier les besoins de son bambin. Les préjugés populos étaient-ils le fruit d’une fine approche en psychologie ou pédagogie ? Non ! Donc merde à la fin !

Alors, je pris mon courage à bras le corps, passant par dessus ces préjugés qu’un lardon, si sa mère est globalement heureuse au foyer, n’aura besoin que d’elle, que la mère séparée de ses enfants dans la journée ne pouvait être qu’une mère active rémunérée pas une mère qui dépenserait du fric et entrepris les démarches nécessaires au bien-être du Grognard, à ma satisfaction non professionnelle et à mon projet d’écriture nécessitant des périodes de calme absolu et de solitude assumée.

Je réunis le reste de mes forces et contactai la dernière halte-garderie qui me demanderait déjà de payer deux heures de déplacement pour y mettre le Grognard. Le contact fut très chaleureux. Le centre était au complet pour l’instant (deux journées d’ouverture et dix places par jour) mais des désistements étaient envisageables. De plus, en janvier non seulement certains enfants seraient scolarisés, libérant ainsi des places et  une troisième journée d’accueil était prévue.

Nous sommes convenues, la Dirlo et moi d’une inscription le plus rapidement possible et d’un aménagement intéressant pour le Grognard comme pour moi-même : un repas et un après-midi par semaine soit cinq heures ; ce qui me donnerait l’occasion de rentrer au Q.G. tout en étant une transition souple pour le Grognard.

Parallèlement, je bigophonai à Madame Nourrice. Serait-il réalisable qu’elle assure la socialisation (non dans le sens d’apprendre les règles en société à mon lardon, le Grognard étant naturellement très sociable et il en avait largement le temps ; dans le sens de lui permettre un lien social indispensable pour lui) en attendant une place vacante à la halte-garderie voire poursuivre ultérieurement avec trois heures par semaine.

Madame Nourrice m’annonça qu’il n’y avait aucun problème, qu’il suffisait de la déclarer sur Pajemploi. Sauf que je ne pouvais prétendre à la PAJE bien évidemment et qu’administrativement (déclarations, établissement des fiches de paie…) et financièrement (paiement des charges salariales et patronales…), ça allait être ouch ouch ; la CAF n’étant pas un organisme du secteur affect et consort mais du secteur social, c’est-à-dire permettant des aides pour le bon fonctionnement de la société, pas pour le bon fonctionnement individuel.

Et ça s’entend…

Cela explique pourquoi je vais rogner sur mon plus grand vice ou du moins le plus coûteux. Pourtant, me séparer de mon Grognard va être une épreuve pour moi, rien que d’y songer, j’ai l’estomac dans les durillons…

PS : Ce billet est un clin d’œil aux lectrices Cathy B. et Sabine – à qui j’adresse toutes mes pensées amicales – et à toutes les mères (mamans boulot-dodo, mamans home life etc.) souffrant du manque d’empathie, des diktats, de ceux voulant leur imposer leur mode de vie pour mieux se rassurer sur le bien-fondé du leur.

Que chaque femme puisse apprécier sa maternité, libérée des préjugés sociaux, de ses repères de fillette, de son histoire personnelle pour devenir une adulte unique avec un ou des enfants uniques aussi et trouver le meilleur compromis pour que chacun vive de façon agréable, dans le respect des besoins de l’autre.

Concluons avec ceci : on fait comme on peut, on n’est pas des génisses.

41 commentaires leave one →
  1. 10 septembre 2009 19:50

    Boh moi j’ai arrêté depuis près de 10 ans.
    Du coup ça ne me coûte plus rien et je peux investir dans l’achat de trucs totalement superflus comme des robes aguichantes pour anniversaire ou des appareils électroniques auquel je ne comprends rien…

  2. 10 septembre 2009 20:52

    C’est bÔôô l’amour maternel…

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 07:13

      Souvent. Je fais concis ce matin. :-D

  3. 10 septembre 2009 20:57

    Si ça c’est pas du sacrifice maternel… meuh non, tout le monde y trouvera son compte: lui, toi, et tes poumons.

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 07:13

      Oh non pas du sacrifice ! J’aime pas ce mot…

    • 11 septembre 2009 16:14

      C’était ironique, je sais que tu es contre ce mot, je voulais être drôle: dans 20 ans: « tu te rends compte, Grognard, pour toi j’ai dû arrêter de fumer!!! Ahhhhrrrgggg tu me fends le coeur! » ;-)

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 17:49

      Désolée d’avoir foutu l’effet en l’air… T’as vu comme je rigole pas avec ce mot-là ! :-D

  4. 10 septembre 2009 21:14

    Meuuuuuh non on est pas des génisses… Lisa, une p’tite tétée avant le dodo ma chérie ??

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 07:14

      J’avais pas vu ça comme ça ! :-D

  5. 10 septembre 2009 21:38

    Arrête de te faire autant de noeuds!!! Une bonne mère n’est pas une mère qui garde son petit contre elle tout le temps! Une bonne mère est une mère qui donne envie à son bambin de s’épanouir en dehors d’elle et du foyer, il dit pas ça quelque part Winicott?
    Allez la Mère joie, tout ça prend tournure!

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 07:15

      Winni, il a le concept de mère « suffisamment bonne » ; ce qui est déjà très réconfortant. ;-)
      Les fils se défont…

    • 11 septembre 2009 16:21

      Je suis d’accord avec Val. Les enfants qui ont confiance en leur mère, ont confiance en eux, et s’ils ont confiance en eux ils sont ouverts sur le monde et les autres.

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 17:50

      100 % d’accord avec vous deux.

  6. 10 septembre 2009 21:58

    de toute façon…on croit faire bien ,mais on se plante souvent….alors!

  7. 10 septembre 2009 22:20

    Parfois on se met de la pression toute seule, comme une grande. Dans mon cas par exemple, je travaillais à 90% quand j’ai repris le travail. Ce qui me libérait une après-midi par semaine (le vendredi après-midi). Je me faisais un point d’honneur à la récupérer à chaque de chez la nounou alors que physiquement et moralement, je ne tenais pas le coup…Tout ça parce que j’estimais qu’il était de mon devoir de maman de passer le temps libre que j’avais avec elle…même quand je ne me sentais pas capable de le faire….

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 07:18

      Tout à fait. Cette pression n’est pourtant pas anodine ; elle a une ou plusieurs origines. C’est ce que j’ai essayé de montrer sans trop développer non plus.

    • 11 septembre 2009 08:33

      Pareil que toi… au début, dès que j’avais fini de bosser, j’allais chercher ma fille toute vêtue de ma culpabilité maternelle. Quoi? Faire une heure de shopping pour me détendre? Seule? Jamais de la vie! Et pis, ça m’a passé, héhé…

  8. 10 septembre 2009 22:32

    Bon déjà 5 heures c’est un début…
    je ne savais pas que Pajemploi était réservée aux femmes qui travaillent? t’es sûre? et les charges tu les payes pas justement…
    sinon c’est pas ton mari qui pourrait faire la déclaration?
    petit à petit l’oiseau fait son nid!
    mais en même temps c’est bien pour la clope ;-)

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 07:01

      Tu ne peux bénéficier de la PAJE que sous certaines conditions auquel notre foyer (puisque c’est relatif à la CAF) ne répond pas. Et ça, j’en suis absolument certaine.

  9. 10 septembre 2009 22:33

    ah le devoir!!!tout un programe…S’offrir le droit à un peu d’égoisme et oui!pourquoi pas !

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 07:19

      En ce moment, c’est plutôt LES devoirS avec Mademoiselle Commandante ! ;O)))

  10. 11 septembre 2009 11:44

    Magnifique conclusion!

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 17:42

      J’avais hésité avec « On fait ce qu’on pisse » pour que ça rime… :-D

  11. Cathy B lien permanent
    11 septembre 2009 15:50

    Je ne t’ai pas laissé de com hier, mon petit dernier, 2 ans en juin est entré à l’école (seulement 2 matins par semaine, pour lui les jeudi et vendredi). J’ai versé une petite larme, ou plutôt plusieurs si bien que l’homme a eu pitié de moi et l’a accompagné à la dite école.
    Le choc passé, je me suis dis que j’étais trop con, que lorsque je l’avais avec moi, je demandais de ne pas l’avoir (j’avais une nounou mais bien sur elle est en arrêt maladie) et maintenant je ne suis pas satisfaite !
    Alors j’ai pris des rdv pour m’occuper de moi et ce mat je suis allée faire un tour de magasins (je vis comme toi à la campagne mais je ne suis qu’à 20 minutes d’une grande ville). Je compte bien profiter de ce temps libre.

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 17:48

      Y a au moins une personne pour te féliciter. C’est moi ! (comment t’as deviné ? ;O)))
      Tu viendras me raconter comment tu vis ce temps pour toi ?

    • Cathy B lien permanent
      11 septembre 2009 18:44

      Pas de problème.
      Bon week end chez toi.
      Pour nous c’est le pied, l’homme est en repos ces 2 jours !

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 20:22

      Oh, génial !
      Je sais que c’est vraiment pas simple pour les femmes d’agris…
      Profitez-en bien tous ensemble !

  12. 11 septembre 2009 18:56

    Je ne sais plus combien de fois j’ai arrêté, mais j’y crois encore (jusqu’à la suivante).
    et un peu de liberté est bon à prendre (pour toi comme pour lui)

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 20:23

      Merci Dom. ;-)
      A chaque fois que je lis ou écris « J’y crois encore », je pense à Lara Fabian.
      Ca me fout les boules…

  13. 11 septembre 2009 19:30

    je viens de comprendre (5 mn après tout de même) pour le rapport à la cigarette :)

    • La Mère Joie lien permanent
      11 septembre 2009 20:24

      Normal, c’est pour obliger à tout bien lire.
      Après je relève les copies et note les personnes hors-sujet ! ;O)))

  14. 11 septembre 2009 23:04

    Les grognards c’est bon pour la santé, et devrait être remboursé par la secu.

  15. 26 avril 2010 08:28

    J’avais pas vu ta spécila dédicasse, mais où étais-je? cette question ne va pas me quitter de la journée! Milou aurait besoin d’être « sociabiliser » non pas quà 10 mois, il le réclame mais moi OUI! mais comme il a été pas mal malade, il ‘est pas encore à jour dans ses vaccins, il le sera début mai et après avec la phase d’adaptation de la halte garderie, je me dis qu’il vaut peut-être mieux que j’attende la rentrée. Pas simple!

    • 26 avril 2010 08:52

      Tant que tu es prête toi, c’est le principal ! Moi j’ai beaucoup attendu parce que j’ai eu du mal avec mon dernier…

    • 26 avril 2010 09:14

      en fait j’ai l’envie mais je sais que ses pleurs quand je le laisserai seront difficile, aussi l’histoire des vaccins ns laisse du tps ;-)

    • 26 avril 2010 09:45

      Il n’est pas certain qu’il pleure. Tu verras bien. ;-)

  16. 26 avril 2010 08:28

    ouais dédicace c’est mieux!

Rétroliens

  1. 1er bilan de mon Congé Parental d’Education « Le Q.G. de la Mère Joie

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