Rien n’est jamais perdu (et rien n’est jamais gagné mais il y a toujours de l’espoir…)
Entre Mademoiselle Commandante et moi, cela n’a pas toujours été très évident. Ok, ce fut carrément laborieux.
Après une grossesse couchée à partir du 6ème mois (Je suis abonnée aux gestations merdiques. J’ai trop péché dans ma prime jeunesse.) et un accouchement « Tu enfanteras dans la douleur, ma fille ! Pourquoi ? Parce que !!! », je fus séparée d’elle les trois premiers jours de sa vie.
Je n’ai pas vu ses yeux s’ouvrir, je n’ai pas respiré son odeur de lait caillé, je n’ai pas posé mon regard tendre sur son babygro Baby Dior (ma grand-mère a des goûts de luxe), je n’ai pas caressé sa toison ébène, je n’ai pas embrassé ses lèvres douces.
J’ai pleuré devant sa photo floue développée en urgence chez le photographe au bout de quarante-huit heures, j’ai tiré sur mes doudounes pour l’alimenter de loin, j’ai espéré pour sa santé, j’ai étouffé ma rage dans mon édredon en toile rugueuse.
Quand elle m’est revenue, je n’ai pas pu lui donner les soins dont elle avait besoin ; je ne pouvais pas me lever à la suite de ma césarienne. Je l’ai reconnue, mon enfant. Mais la figure maternante était celle de son père, le seul à avoir pu lui rendre visite pendant son hospitalisation.
Les années ont passé et Mademoiselle Commandante a développé un complexe d’Electre force 5, encouragée maladroitement par son paternel gaga.
« A veux papa !!! A préfère papa !!! Papa ! Papa ! »
Il fallait encaisser ses remarques déstabilisantes, ses joutes, son agressivité. Traumatisée encore par sa venue au monde et n’ayant pas fait le deuil de la petite fille en moi, j’avais du mal de mon côté à me situer dans ma maternité. Devant moi se dressait une bleue haute comme trois pommes et déjà très femme, ce qui me mettait prématurément un pied dans la tombe.
Et puis mon Légionnaire devint instructeur. Confronté à des enfants la journée durant, il prit du recul sur son attachement exclusif à Mademoiselle Commandante. Des évènements familiaux firent que nous nous rapprochâmes Mademoiselle Commandante et moi, dans l’adversité et par notre solidarité féminine. Dans l’urgence, je pris conscience de ma capacité à être protectrice, à défendre mon enfant toutes griffes dehors. Je me dépassai. Elle et moi sommes devenues très proches et avons pu ou su nous rencontrer enfin après plusieurs années tumultueuses quand mon Légionnaire passa aussi des semaines de stage à Paris. Livrées à nous-mêmes, nous avons fait, chacune de notre côté, les pas nécessaires à une relation saine et apaisée. Mademoiselle Commandante a mûri, j’ai mûri, nous avons mûri. Quel étrange mystère que l’interaction de deux êtres !
Nous n’avions jamais été complètement coupée l’une de l’autre : nous communiquions ensemble à notre manière et nos messages, bien que mal véhiculés, étaient le signe d’un attachement puissant. Ma fille âgée d’un an et demi n’avait-elle pas hurlé lorsque, tout en restant stoïque, je m’étais mise à perdre le sang de ma première fausse-couche ? Les enfants sont des radars, ils ont encore leur intuition animale.
Mademoiselle Commandante devient une jeune-fille et la paix établie de longue haleine devient par là-même fragile. Mademoiselle Commandante devient une jeune-fille tandis que j’ai quelque chose à lui transmettre. C’est angoissant de passer un relais et c’est si exaltant par ailleurs ! Je pensais ne pas redouter les crises d’adolescence tant j’avais été blindée par son comportement. Or, plus l’échéance approche, plus je me dis que le vieil adage « Petits enfants, petits soucis – grands enfants, grands soucis » a une bonne raison d’être populaire. Et ce ne sont pas tant ses paroles et ses gestes qui m’inquiètent. Saura-t-elle trouver sa voie à elle pour être épanouie et en accord avec elle-même ?






Tu as le courage de nous de dire que le lien mère enfant est parfois long et difficile à créer… quel courage !
Pour avoir trois enfants je sais que chaque relation est unique, mais loin d’être aussi idillique qu’on veut bien nous le dire mais toutes ces épreuves rendent nos enfants plus forts et les aident à s’affirmer.
Bises
Meme si cela prends du temps ma miss trouvera sa voie et si parfois elle s’éloigne du chemin de la raison pour aller dans des contrées de guerre je suis sure que toi maman rebelle mais fidèle tu seras toujours là pour la rappatrier!
quel que soit le temps ou le moyen l’essentiel est d’y arriver à créer ce lien…
le mien est fort depuis le début, trop fort même parfois que je sens les clashs arriver et j’aime pas ça! mais on arrive toujours à calmer les choses, j’espère qu’en grandissant ce sera toujours pareil!
Quel beau texte. Quel beau lien entre une maman et sa fille. Entre une fille et sa maman. Pour ce qui est du radar, je ne peux que confirmer, les enfants sentent des choses que nous ne savons pas nous-mêmes…
Bouhouhouhouhouhou…. Trop émouvant.
Très joli, ce billet…tu sais, l’adolescence n’est tout de même pas systématiquement une crise. Mais un changement, oui !
ha les relations mère-fille.. tout un programme. Ma petite lisa a un an et je me demande souvent comment ça sera plus tard entre nous. Je n’avais pas de supers relations avec ma mère et pour tout te dire j’étais bien contente d’accoucher d’un garçon pour ma première grossesse. Mais je te raconte un peu ma vie là…
attend, j’essaie un truc là
ha ba si,
donc dès que je laisse un commentaire chez toi j’ai la tronche verte avec des oreilles de lapin !
Connaisant la mère elle a ce qu’il faut pour l’aiguiller sur le chemin de la vie…
Quel beau texte. Attention de ne pas reproduire avec les enfants les expériences que l’on a vécu nous mêmes au même âge. Les relations mère-fille évoluent au fil des années. Rien n’est jamais pareil. Aucun enfant ne ressemble à l’autre (j’en sais quelque chose, j’ai 2 filles).
Il faut y aller au feeling. Et surtout penser à LA PERSONNE que l’on en face de soi. Le BB est une personne. Tient ça me rappelle quelque chose……..
Bisous; Courage ça va bien se passer du moment que l’amour est au rendez vous.
Je suis tout à fait d’accord avec tout ce qui est écrit là.
J’ai attendu tellement longtemps pour avoir un “Môman”, et pis aussi un câlin pendant lequel ma guerrière ne cherchait pas son Papa du regard que je me dis tant pis si son adolescence prend pour moi un air de troisième guerre mondiale, je crois que j’y survivrai, et pas grave si ce n’est pas le cas parce que ce n’est pas ma gueule qui aura de l’importance mais la sienne à cette petite bonne-femme qui adore me piquer mon sac à main.
Et puis d’abord même pas peur!
… enfin si, un peu quand même. Parce que j’espère que l’on s’en sortira sans trop de casse toutes les deux.
Mais ce que je voudrais plus que tout, c’est que ma Pépette ne se croit jamais seule. Qu’aussi terrible soit la situation dans laquelle elle se trouve, elle ait conscience qu’il y a/aura toujours une paire de bras grands ouverts. Et je me dis que si déjà on arrive à cela, le reste se fera tout seul (oué enfin… le reste se fera quoi).
Et pis aussi merci pour ces petits billets, parce que l’on a beau vivre des trucs différents et/ou différemment, tes petites histoires elles ont un petit goût de bonheur, qui est tout con, mais qui fait du bien par où il passe.
Je crois que ça, quelles que soient les relations, elle le saura que tu es là pour elle et pour toujours.
Et merci si on ressent un peu le bonheur derrière les conneries, ça me fait plaisir !