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Fête d’école

16 juin 2009
par La Mère Joie

Je déteste les fêtes d’école.

Je déteste en particulier celle du bahut privé de Campagne-city où officia mon Légionnaire instructeur lors de sa première affectation et où Mademoiselle Commandante apprit les bases d’une orthographe bien personnelle.

J’allais donc m’y rendre samedi, sur la défensive et armée de ma troupe, délaissant ma misanthropie prononcée l’espace d’un après-midi torride (il faisait 37 °c).

J’ai anticipé au préalable toutes les questions redondantes qui me seraient posées, révisant entre autres le prénom de mes lardons, leur âge, le nombre de dents du Grognard, la durée de mon congé parental, la date de ma prochaine ovulation.

J’allais devoir éviter les mines placées pour tester mes facultés de génitrice-mère-parfaite, femme d’un Maître de surcroît. Ca plaisantait pas.

Je me suis maquillée, ai neutralisé mon rouge à lèvres carmin en train de baver sur ma dent refaite, me suis parée d’une robe étincelante dont je vérifiai le degré de transparence au soleil. Il ne s’agissait pas que les bourgeoises de Province s’étouffent avec leur pancake fait maison à la vue d’un string ébène en dentelle.

[...]

Je serre la main de Madame de …, puis de Madame de … et encore d’une autre Madame de …, quand je réalise, entourée de quelques gamins galopant dans tous les sens et dont j’évite les balles par des tours de passe-passe cervicaux, qu’une atmosphère sénile flotte malgré tout dans la cour du primaire.

C’est qu’ils ont sélectionné DJ Mémé, cador des gramophones en 1940 !

Passant d’Edith Piaf à Trénet, DJ Mémé s’éclate comme une bête…

Soudain, Renan Luce s’interpose péniblement entre Brassens et Damia, une erreur sans nul doute attribuée au patronyme désuet du chanteur pour midinettes car la pause post-moderne ne durera qu’un single.

Des mouflets assis, la tête plongée dans leurs mains, commencent à déprimer sérieusement. Ils ont été pourtant bercés à Henri Dès ; ce qui aurait dû les préparer à l’écoute de musiques soporifiques.

Derrière moi, un défilé de lutins accompagné de son enseignante fière des costumes en papier crépon et ficelle longe le corridor jusqu’au gymnase, où les bégaiements et les viandages lors de la ronde passeront à la postérité sur un support numérique.

J’en connais qui, en ayant la fausse bonne idée de diffuser le spectacle souvenir de « Pirouette se casse la margoulette » au mariage de leur enfant, seront détestés à vie et placés à l’hospice dès leur première fuite urinaire.

Je suis déshydratée par la chaleur insoutenable et mes « Ca va bien, merci et vous », « Il a dix-huit mois », « Et Clotilde, elle rentre en quelle classe en septembre ? Déjà !!! Mon Dieu, comme le temps passe vite… », « Oui, Mademoiselle continue la danse. Elle est quasi danseuse étoile », « Oh, le Grognard… Il a appris à lire tout seul. C’était en avril. ».

Bref, j’ai la gorge sèche à force de discuter intelligemment sur des sujets aussi variés qu’à une réunion Tupperware.

J’envoie mon Légionnaire me ramener une bière de la buvette et me cache derrière un arbre pour m’abreuver d’alcool, demandant au Grognard de surveiller les alentours. Nous sommes convenus d’un code simple : A chaque quidam s’approchant, il doit se coller entre mes guiboles. Il tient son rôle à merveille.

J’ai soif à nouveau.

Une deuxième bière s’impose lorsque une Madame de… me propose une tasse de thé.

Mon intuition me révèle qu’elle veut m’empoisonner, regrettant de m’avoir confié un secret honteux : sa mouflette est dyslexique ou dysphasique, enfin un machin en « IQUE » pas bien.

Je promets de ne rien révéler publiquement et déjoue son plan machiavélique qui, poussé à son paroxysme, aurait pu me convaincre de porter des culottes en coton fleuri.

Deux heures plus tard, j’en ai plein les pattes et il nous faut une bonne heure supplémentaire pour retrouver mon Légionnaire, le Grognard et moi, la petite bleue éclipsée avec ses anciennes collègues de CP au milieu de la foule.

Je m’étonne que personne ne nous demande cette année si nous participons à l’original et goûteux repas du soir « salade verte, saucisses-frites, coupes de fruits ». J’en suis presque vexée.

Nous regagnons le Q.G. tous ensemble et je prends mon inspiration.

Samedi prochain, le Q.G. sera envahi de Demoiselles de… pour l’anniversaire de Fräulein et il me reste encore le 23 la fête de son école actuelle.

Je cours me prendre une bière.

9 commentaires leave one →
  1. 16 juin 2009 09:32

    HaHa, excellent ! (bon sang, que je l’aime ma ptite école de cambrouse pas bégueule) ( c’était MrChéri le DJ, ça a dépoté, je t’assure. Je vous le prête si vous voulez l’année prochaine ^_^)

    • La Mère Joie lien permanent
      16 juin 2009 10:48

      Enchantée de te lire, Shalima. ;-)
      Le thème de cette année étant « la différence », je crois qu’ils ont réussi leur coup ! ;-D

  2. missbrownie lien permanent
    16 juin 2009 15:22

    Excellent :-D
    J’ai bien ri en lisant ton billet!
    Ca m’a rappelé les kermesses où mon papa devait jouer son rôle de mari d’instit à la perfection :-)

  3. 16 juin 2009 17:27

    Il a appris à écrire en avril et il passe l’épreuve de philo jeudi ton grognard, non?

  4. La Mère Joie lien permanent
    16 juin 2009 17:41

    @Missbrownie : Merci pour ta visite. J’espère que tu avais amené tes doudoux pour la lecture. ;-)
    Et j’envoie une pensée à ton papa.

    @007 : Ouais, comment tu le sais ?

  5. Lulebaad lien permanent
    17 juin 2009 07:35

    Voilà ! un texte dans lequel on ne peut QUE se retrouver quand ça fait 5 ans qu’on se divise régulièrement pour faire plaisir à nos Daltons, et passer dans CHACUNE de leur fête scolaire privée (oui… chez nous, y’a un événement par classe, et y’a intérêt à pas râter).
    Je compatis… pour moi c’est une Despé.
    à la tienne ;)

    • La Mère Joie lien permanent
      17 juin 2009 12:16

      Oh puté ! T\’as raison, c\’est pire.
      Heureusement que mes bidasses ont une grande différence d\’âge et que le Grognard n\’est pas scolarisé.
      Je trinque à ta santé.

  6. 20 juin 2009 10:04

    Quand j’étais petite, j’adorais les fêtes de l’école (ici on dit kermesses). Mais je suis plus sure que j’aimerai ça maintenant, surtout avec des Madames de… l’horreur. Le truc ça doit être de boire des bières (pleins) histoire de mettre un peu l’animation et ensuite ben … déménager.

    • La Mère Joie lien permanent
      20 juin 2009 21:18

      C’est peut-être pour ça que mon Légionnaire n’a pas daigné m’inviter à la fête de sa nouvelle école. :-D

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