Peur sur le Q.G.

Vendredi dernier, alors que j’étais en tête à tête professionnel avec le Grognard, j’ai eu la frousse d’une poule mouillée.
INFORMATIONS SUR LA SITUATION
Il est précisément 14h31 : le ciel s’obscurcit subitement, le tonnerre se met à gronder, le vent à souffler et la pluie à tomber.
Les bourrasques d’une rare violence soulèvent les tuiles et l’eau s’engouffre au Q.G. à maints endroits de la cantine et de la salle de réception.
L’eau passe aussi sous la porte d’entrée jusqu’à atteindre 2 mètres sur le sol horizontalement et par les châssis des fenêtres.
A travers la vitre de la cantine, j’aperçois la table du terrain se soulever et le parasol neuf tiré à quatre épingles s’envoler. Je redoute de devoir recevoir le parasol sans l’avoir invité en bonne et due forme, avec pour tout présent, des éclats de verre dans la gueule.
OPERATION “SAUVETAGE”
Je pose le Grognard affolé par les grondements de l’orage. Je me précipite dehors, vêtue de ma robe de bal (mon légionnaire et moi, débarrassés pour la soirée de Mademoiselle Commandante comptons profiter comme il faut de son absence) et entame un remake série B de la scène sexy dans Match Point où Scarlett Johansson, trempée de la tête aux panards a les nénés qui pointent en collant avec une provocation outrancière à sa blouse.
Mais j’ai des lèvres de matrone acariâtre, des seins usés par deux allaitements et surtout je suis seule sous la flotte. Et Scarlett n’a pas l’urgence, elle, de fermer un parasol récalcitrant, tout au plus de baisser sa culotte à une vitesse supersonique.
Je me pends à tous les cordons de l’engin ; j’ai pas révisé le mode d’emploi et je pète une branche de maintien. Le vent est si fort ; je ne parviens pas à m’emparer du manche plus lourd que mon armoire en chêne.
Je rentre, piteuse, me mettre à l’abri dans mon bunker inondé.
Je dois tirer les volets et éponger avec un Grognard de 11 kilos dans les bras.
J’ouvre la première fenêtre et me prends une saucée de la mort qui tue. Je dompte les morceaux de bois en les menaçant de les dénoncer au menuisier. Rebelote jusqu’à la fin de la mission « Blocage des volets », en passant auparavant systématiquement par l’attraction exceptionnelle « patin à glace sur le carrelage au printemps 2009 »…
Ensuite, je coupe l’électricité : un reste de mes cours de physique de CM2 sur les circuits électriques…
Ca fuit de plus en plus de la toiture et ma qualification de plombière X qui se fait payer en nature ne peut rien pour moi.
Je jette des serviettes de bain partout et calme la prolifération des eaux, tout en poursuivant mes pirouettes et jetés de jambes.
Cependant, je suis en train de friser l’hystérie de la mère protectrice et effrayée par la situation.
« N’aie pas peur, Grognard !
- Ouin ouin !!!
- Regarde, maman, elle a pas peur, hein mon chéri.
- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin !!!
- Putain, je t’ai dit de pas avoir peur !!! »
Je suis une souris prise au piège dans un gruyère fondant géant. Je perds le pédalo.
Je veux pas mourir noyée ! Prenez le Grognard qui patauge dans les flaques pour me pourrir davantage la vie en guise de sacrifice mais ne me laissez pas périr !!!
Dieu, je ne dirai plus de gros mots, je dirai plus que Lucette est une vieille chienne puante, je réciterai le Notre Père tous les matins et tous les soirs. Sauve-moi, ma dernière médaille d’or en natation remonte à mes huit ans !
L’orage me fiche les pétoches d’un GI coincé au Viêt Nam en 1965.
Le Q.G. n’a jamais connu une telle inondation…
DENOUEMENT DE LA CRISE
En vingt minutes il est tombé quarante mm d’après la garnison voisine, auxquels il faut ajouter la mesure de mes larmes de soulagement et de relâchement de la tension.
Je m’en suis sortie indemne, sans l’intervention de mon Légionnaire.
Maintenant, je suis prête à secourir les désespérés lors de cyclones.
On ne naît pas soldat, on le devient.






et c’est là qu’il faut penser à garder les vieux téléphones à cadran qui fonctionnent sans alimentation électrique en cas de coupure de courant.
ça m’est arrivé quand on séjournait à la Réunion : dès la première année de notre séjour, nous avons vécu un cyclone qui a fait des ravages ! j’ai trouvé un vieux téléphone au moment d’aménager et j’ai failli le jeter. je me suis dit quand même si c’est resté là, c’est que ça doit signifier qqch…
et j’ai bien fait de le garder car au moment où le cyclone est arrivé, nous avons été les seuls à pouvoir téléphoner de toute la résidence !
Toujours fan de votre style ! Suis jaloux… J’aimerais écrire ainsi !
Le jour où vous sortez un livre sur My Major Company, j’en suis ;o)
C’est trop gentil.